Recension d’une nouvelle édition bilingue des « Tria Bella »

Pseudo-Caesar. Bellum Alexandrinum / Bellum Africum / Bellum Hispaniense, trad. Gerd Flemmig, Berlin, De Gruyter, Sammlung Tusculum, 2026, 504 pages. ISBN 9783111215846.

Depuis sa création en 1923 la collection Tusculum propose les principaux textes de l’Antiquité dans une édition bilingue, incluant la langue d’origine et une traduction allemande. Les textes sont annotés mais ne sont accompagnés d’aucun apparat critique. Dans cet ouvrage paru en janvier 2026 figurent uniquement les Tria Bella : le choix a été fait de ne pas y intégrer le livre VIII du Bellum Gallicum. L’auteur est Gerd Flemmig, un latiniste à l’origine d’une traduction allemande des Traités de Westphalie (Reclam, 2021).

Précédés d’une introduction présentant le corpus, son contexte historique et les hypothèses qui ont été formulées à propos des auteurs anonymes (p. 9 à 38), le texte latin et la traduction des Tria Bella occupent les pages 40 à 351. L’auteur explique ses choix concernant l’établissement du texte aux pages 355-360. Suivent ensuite ses notes explicatives (p. 361-402) et les annexes, comprenant vingt-neuf notices biographiques sur les principaux spécialistes du corpus césarien (p. 403-408), des tables chronologiques (p. 409-413), des textes d’accompagnement provenant de Suétone, Frontin, Tite-Live et Flavius Josèphe (p. 414-423) et enfin des précisions sur les unités de mesure, la gestion du temps et certains aspects militaires à l’époque de César (p. 424-432). L’ouvrage s’achève avec seize pages de bibliographie (p. 433-448) et un copieux glossaire des noms propres (p. 449-504).

Pour l’établissement du texte latin des deux premiers textes, Flemmig a pris appui sur l’édition critique d’Alfred Klotz, publiée en 19271. Aux pages 355-357, il signale neuf passages du Bellum Alexandrinum et trente passages du Bellum Africum dans lesquels le texte retenu diffère de celui de Klotz. Il s’agit par exemple d’écrire les chiffres romains en toutes lettres plutôt que sous une forme abrégée (douze modifications), de corriger des coquilles de son prédécesseur, ou encore d’adopter des conjectures d’autres éditeurs — principalement Carl Nipperdey, mais aussi Alphonse Bouvet à propos de l’ordre de bataille césarien à Uzitta (BAfr 60, 2)2. Pour le Bellum Hispaniense, l’auteur a utilisé comme référence l’édition de Giovanni Pascucci, qui date de 19653. Flemmig s’en démarque dans vingt-deux passages, où il adopte à chaque fois des solutions suggérées par les précédents éditeurs de ce texte (Nipperdey, Klotz, Warmington, Diouron…).

Dans sa bibliographie, l’auteur hiérarchise les éditions des Tria Bella selon un critère qui paraît fort discutable, à savoir la présence ou non d’une traduction. Cela a pour effet de reléguer les trois volumes de la Collection des Universités de France dans la catégorie des éditions bilingues, mêlés à certains ouvrages dont le texte n’a fait l’objet d’aucun travail philologique. Dans le même temps, le Caesar’s War in Alexandria de Gavin Townend4 se retrouve promu au rang d’édition scientifique, alors qu’il ne comporte aucun apparat critique et reprend très largement le texte latin établi par René du Pontet pour l’édition OCT de 1901. Cette présentation est problématique, car elle ne permet pas de distinguer les éditeurs qui ont établi le texte à partir des manuscrits de ceux qui ont simplement utilisé les éditions précédentes.

La bibliographie utilisée par Flemmig est plutôt étoffée, mais elle n’est pas exempte de lacunes. Il est particulièrement dommage qu’elle ne comprenne aucun des ouvrages de Cynthia Damon sur le Bellum ciuile5, car ces travaux sont désormais incontournables pour l’établissement du texte des Tria Bella. Pour le Bellum Africum, il aurait été judicieux que l’auteur se réfère à l’édition bilingue latin-italien de Carmela Cioffi6, qui comporte une multitude d’annotations pertinentes. Sur ce même texte on regrettera que Flemmig n’ait consulté que la première édition publiée dans la CUF, quand il en existe une seconde, revue et corrigée par Jean-Claude Richard7. Pour l’ensemble des Tria Bella, l’édition bilingue latin-italien de Luigi Loreto8 et la traduction anglaise du corpus césarien dirigée par Kurt A. Raaflaub9 auraient également mérité d’être citées.

L’ouvrage de Flemmig comporte 645 notes, dont 31 sur l’établissement du texte. Dans ses 614 notes explicatives, l’auteur signale des lacunes ou la corruption manifeste du texte transmis, donne des précisions linguistiques, cite des sources complémentaires et propose de nombreuses mises aux point historiques, militaires et géographiques. Certaines de ces notes, qui portent sur les légions de César, méritent rectification.

Le premier problème vient du choix de suivre le texte de Klotz plutôt que celui de Bouvet pour le Bellum Africum. En raison de doutes exprimés à partir du milieu du XIXe siècle sur l’authenticité de certains chiffres transmis par les manuscrits, le nombre et l’identité des légions varient beaucoup d’une édition à l’autre du Bellum Africum. Parce qu’il reprend le texte de Klotz, Flemmig écrit que cinq unités de recrues numérotées XXV, XXVI, XXVIII, XXIX et XXX (p. 375, n. 15) et autant de légions de vétérans, numérotées V, IX, X, XIII et XIV (p. 384, n. 136), ont participé à la campagne de César en Afrique. En réalité, comme nous l’avons montré récemment10, rien ne justifie que l’on corrige les leçons des manuscrits : en conservant le texte transmis en BAfr 1, 5 ; 60, 1-2 ; 62, 1 ; 66, 1 et 81, 1, il apparaît clairement que César disposait de douze légions, dont huit étaient composées de vétérans (II, V, VII, VIII, IX, X, XIII, XIV) et quatre de recrues (XXVI, XXVIII, XXIX, XXX)11. S’il n’est pas surprenant de retrouver dans le texte de Flemmig le même défaut que dans la plupart des éditions allemandes et anglo-saxonnes depuis 1847, il paraît toutefois anormal que l’auteur n’ait signalé nulle part, concernant les cinq passages mentionnés ci-dessus, ni les doutes exprimés par ses prédécesseurs sur les leçons des codices, ni son choix de suivre les corrections — arbitraires — de Klotz, portant sur des nombres de légions ainsi que sur certains numéros légionnaires.

À propos de la Ve légion du Bellum Alexandrinum, Flemmig (p. 369, n. 113) écrit qu’il n’est pas certain qu’elle corresponde à la Ve du Bellum Africum et du Bellum Hispaniense. Mais s’il s’était agi de deux unités différentes, comme on l’a longtemps affirmé, n’aurait-il pas été logique que cela soit explicitement signalé aux lecteurs du corpus césarien ? Dans une note consacrée à la Ve légion de la guerre d’Afrique (p. 375, n. 4), Flemmig indique à juste titre que cette unité se trouvait au préalable en Espagne sous les ordres de Q. Cassius Longinus. L’incertitude initiale de l’auteur est directement liée à une hypothèse, souvent présentée comme un fait établi, identifiant la ueterana legio quinta de la campagne africaine (BAfr 1, 5) à la légion Alauda de César (Suet., Caes., 24). Flemmig a bien fait de ne pas la reprendre à son compte, car elle repose uniquement sur des textes épigraphiques datés, pour les plus anciens, du règne de l’empereur Claude (41-54 de notre ère)12.

Enfin, Flemmig (p. 369, n. 119 ; 392, n. 34) indique à ses lecteurs que la légion uernacula était constituée de pérégrins, quand une majorité d’historiens se prononce désormais pour un recrutement parmi les citoyens établis dans la Péninsule ibérique13.

Bien qu’il ne soit pas exempt de critiques, ce nouvel ouvrage a le mérite de mettre en avant les textes anonymes du corpus césarien. Le texte latin proposé par Flemmig n’est pas novateur, mais il est certain que sa traduction allemande rendra de grands services aux étudiants germanophones et suscitera de nouvelles vocations.

Au vu des progrès philologiques effectués depuis le milieu du XXe siècle sur le corpus césarien, il serait souhaitable que les Tria Bella fassent l’objet d’une nouvelle édition scientifique.

Batiste Gérardin

1 A. Klotz, C. Ivli Caesaris commentariii, vol. III, Commentarii belli Alexandrini, belli Africi, belli Hispaniensis, accedvnt C. Ivli Caesaris et A. Hirtii fragmenta, Stuttgart-Leipzig, B. G. Teubner, BT, 1927 [1993].

2 C. Nipperdey, C. Iulii Caesaris commentarii cum supplementis A. Hirtii et aliorum. Caesaris Hirtiique fragmenta, Leipzig, 1847 ; A. Bouvet, César. Guerre d’Afrique, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 1949.

3 G. Pascucci, Bellum Hispaniense, Florence, Le Monnier, 1965.

4 G. Townend, Caesar’s War in Alexandria. Bellum Civile III. 102–112. Bellum Alexandrinum 1–33, Bristol, 1988.

5 C. Damon, Studies on the Text of Caesar’s Bellum Civile, Oxford, 2015 ; C. Iuli Caesaris Commentariorum libri III de bello civili, Oxford Classical Texts, 2015 ; Caesar. Civil War, Loeb Classical Library, 2016.

6 C. Cioffi, Anonimo Cesariano. La guerra d’Africa (Bellum Africum), Florence, Le Monnier Università, 2022.

7 A. Bouvet, J.-C. Richard, Pseudo-César. La Guerre d’Afrique, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 19972 (1949).

8 L. Loreto, Pseudo-Cesare. La lunga guerra civile: Alessandria-Africa-Spagna, Milan, BUR, 2001.

9 K.A. Raaflaub (dir.), The Landmark Julius Caesar: The Complete Works: Gallic War, Civil War, Alexandrian War, African War, and Spanish War, New York, Anchor Books, 2017. En complément de ses riches annotations, cartes et annexes, ce livre accessible au grand public est accompagné de quarante-trois contributions rédigées par d’éminents spécialistes, disponibles en libre accès sur une page internet dédiée : https://thelandmarkcaesar.com/.

10 B. Gérardin, « Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum », dans Nuova Antologia Militare, 6, fasc. 22, 2025, p. 253-286. Article disponible en Open Access : https://www.tabedizioni.it/web/content/385307.

11 BAfr 1, 5 : legiones tironum conuenire in his ueterana legio quinta ; 60, 1 : habuit legionem VIIII et VIII in sinistro cornu, XXX, XXVIII, XIII, XIV, XXVIIII, XXVI in media acie ; 62, 1 : legionis VII et VIII ex Sicilia aduentu ; 66, 1 : legiones se VIII ueteranas ; 81, 1 : legione X secundaque dextro cornu, VIII et IX sinistro oppositis, quinque legiones <…> in quarta acie ad ipsa cornua quinis cohortibus contra bestias conlocatis. Dans ces cinq passages, nous faisons le choix de supprimer les conjectures des éditeurs pour rétablir les leçons transmises — le plus souvent unanimement — par les codices. Pour en savoir plus, voir notre article cité dans la note précédente.

12 B. Gérardin, loc. cit., p. 278-279.

13 Pour une excellente synthèse sur le sujet, voir F. Cadiou, Ibera in terra miles. Les armées romaines et la conquête de l’Hispanie sous la République (218-45 av. J.-C.), Madrid, Casa de Velázquez, p. 612-627.

Pour une poignée de podcasts sur l’armée romaine

Pour initier cette liste d’émissions consacrées à l’histoire militaire romaine, je vous recommande l’écoute de deux épisodes du podcast Le Fil de l’épée, qui est co-animé par Alexandre Jubelin et André Loez. Je profite d’ailleurs de l’occasion pour vous inciter à vous abonner à leurs podcasts respectifs, Le Collimateur et Paroles d’Histoire, qui sont extrêmement qualitatifs.

Le dernier épisode en date du Fil de l’épée a pour invité François Cadiou, historien spécialiste de l’armée romaine républicaine, dont les travaux font partie des plus stimulants du moment. C’est l’occasion pour lui de présenter les thèses défendues dans L’Armée imaginaire. Les soldats prolétaires dans les légions romaines au dernier siècle de la République (Les Belles Lettres, 2018). Un ouvrage fondamental et passionnant !

Je signale au passage que le précédent ouvrage de François Cadiou, Hibera in terra miles. Les armées romaines et la conquête de l’Hispanie sous la république (218-45 av. J.-C.) (Casa de Velázquez, 2008), est disponible en ligne sur OpenEdition.

La seconde émission que je vous recommande a été enregistrée en 2023 et a pour invité Giusto Traina, auteur de Carrhes, 9 juin 53 av. J.-C. Anatomie d’une bataille (Les Belles Lettres, 2011), de l’ouvrage collectif Mondes en guerre. Tome I. De la préhistoire au Moyen Age (Passés Composés, 2019) qu’il a dirigé, ou encore de La guerre mondiale des Romains. De l’assassinat de Jules César à la mort d’Antoine et Cléopâtre (Fayard, 2023). Cet historien anime par ailleurs la Revue internationale d’Histoire Militaire Ancienne (HiMA), fondée en 2015.

En complément de cette émission, j’attire votre attention sur deux vidéos de Giusto Traina : cette conférence de 2015 intitulée « La fin de la République romaine. Guerre civile ou guerre mondiale ? », ainsi qu’une présentation de La Guerre mondiale des Romains. De l’assassinat de Jules César à la mort d’Antoine et Cléopâtre, effectuée en 2023 à la librairie Tropiques :

https://www.youtube.com/watch?v=I0aZIxrEG7Y

Je conclus cette première série de recommandations par une émission du Cours de l’histoire, « César et la guerre des Gaules. Vous verrez du pays qu’ils disaient ! », diffusée fin 2022 sur France Culture, avec pour invités les historiens Pierre Cosme et Maxime Petitjean.

« Ce qui semble bien être particulier à l’armée de César, c’est le fait qu’il a, pour étoffer ses troupes, levé certaines légions à ses frais, quitte à apparemment ne pas recruter de citoyens romains dans ses légions, ou alors disons des citoyens romains de très fraîche date, qui auraient reçu la citoyenneté au moment de s’enrôler. (…) Le plus fameux exemple c’est la Ve légion qu’on appelle Alouette, qui aurait été levée en Gaule. Alors là effectivement, c’est sans doute une particularité de l’armée de César. Il ne semble pas qu’on ait levé des armées de cette façon et c’était évidemment interdit de lever une légion à ses frais. Pompée l’avait fait dans sa jeunesse pour venir appuyer Sylla lors de la première guerre civile, mais théoriquement c’était interdit. »

Au sujet de cette intervention de Pierre Cosme (de 19’28 à 20’15), je me permets de signaler que la légion Alauda n’a en réalité jamais porté le numéro V du vivant de César. Cette idée, reposant sur des inscriptions du milieu du Ier siècle de notre ère, est totalement anachronique. Je l’avais déjà montré dans mon mémoire de Master et je pense que mon point de vue est désormais solidement étayé, grâce à mon article sur les légions du Bellum Africum. En réalité, la « légion Alouette » n’était pas une véritable légion, mais plutôt un corps de troupes auxiliaires organisé selon le modèle romain. Financée par César sur ses fonds propres, cette unité ne portait aucun numéro, car elle n’a jamais eu vocation à intégrer l’armée de la République.

Publication d’un article sur « Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum »

J’ai récemment publié dans la Nuova Antologia Militare (NAM) un article présentant le résultat de mes recherches sur les légions de César ainsi que sur la transmission du corpus césarien. Mon travail figure dans le fascicule 22 (avril 2025) de la revue. Comme la NAM est publiée en accès ouvert (open acces), mon article peut être téléchargé librement et gratuitement au format PDF sur le site internet de la revue ou bien en cliquant sur l’image ci-dessous. Le fascicule complet, quant à lui, est disponible à cette adresse.

Batiste Gérardin, « Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum », dans Nuova Antologia Militare, 6, fasc. 22, p. 253-286. [télécharger au format PDF]


Le 23 avril, l’association d’étudiants italiens « Casus Belli » m’a invité à commenter brièvement les articles d’histoire romaine publiés dans le dernier fascicule de la Nuova Antologia Militare. La vidéo ci-dessous est calée sur le début de mon intervention, que j’ai eu la possibilité de faire en français. J’y présente mon article de 21’30 à 26’15.


Lorsque j’en trouverai le temps, je compléterai ce billet avec des outils de vulgarisation (résumé de mon article, lexique, traduction des textes latins…). Je proposerai également des ressources numériques destinées à faciliter l’étude philologique du corpus césarien.

Quelques problèmes relevés dans les éditions CUF du Corpus Caesarianum (texte revu et corrigé)

Avant-propos (avril 2025) :
Dans cette note publiée en juillet 2020, j’affirmais avoir décelé une coquille dans l’apparat critique de La Guerre d’Afrique d’Alphonse Bouvet. Cependant, en effectuant des vérifications dans les manuscrits, j’ai récemment constaté que cet éditeur était finalement le seul à avoir proposé une lecture correcte (mais manifestement incomplète) de la leçon transmise par U en BAfr 60, 1. J’indique en rouge les inexactitudes de mon texte d’origine et je rectifie le tir dans des encadrés tenant compte de mes recherches récentes.

Pour une mise au point sur le problème des légions dans les éditions modernes du corpus césarien, je vous invite à consulter mon premier article :

Batiste Gérardin, « Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum », dans Nuova Antologia Militare, 6, fasc. 22, p. 253-286. [télécharger au format PDF]

Je signale dans ce billet deux erreurs rencontrées dans les éditions du Bellum Alexandrinum et du Bellum Africum, publiées en 1954 et en 1949 dans la Collection des Universités de France. Elles ont été repérées dans leur tirage le plus récent (2002). J’en profite pour esquisser des pistes de réflexion au sujet de problèmes de fond posés par ces deux éditions de textes du corpus césarien.

1) Une étourderie dans la traduction du Bellum Alexandrinum :

La première erreur se trouve dans la traduction de BAlex, 53, 5 par Jean Andrieu :

« (…) César avait accordé à Longinus la trentième et la vingt-deuxième légion levées peu de mois avant en Italie » (Pseudo-César, Guerre d’Alexandrie, page 52).

Tandis que la traduction cite la XXIIe légion, l’ensemble des manuscrits, le texte latin établi par Jean Andrieu (similaire à celui de l’ensemble des éditeurs scientifiques du Bellum Alexandrinum sur ce point) et le contexte historique indiquent clairement qu’il est question de la XXIe légion :

Pseudo-César, Guerre d’Alexandrie, éd. J. Andrieu, Paris, Les Belles Lettres, 1954 (2002), p. 52.

Il est dommage que les tirages ultérieurs de la Guerre d’Alexandrie n’aient pas été mis à profit pour rectifier cette maladresse du traducteur, certainement remarquée par beaucoup.

Pseudo-César, Guerre d’Afrique, éd. A. Bouvet, J.-C. Richard, Paris, Les Belles Lettres, 1997² (2002), p. 56.

C. Ivli Caesaris Commentariorvm, pars posterior, Libri III De Bello Civili cvm libris incertorvm avctorvm De Bello Alexandrino Africo Hispaniensi, éd. R. du Pontet, Oxford, Clarendon Press, 1901 (1962).

Rectificatif (avril 2025) :
La consultation d’une numérisation de U, disponible sur le site internet de la Bibliothèque apostolique vaticane, donne finalement raison à Alphonse Bouvet : c’est bien un XXVII qui figure, sur ce manuscrit, entre les XIVe et XXVIe légions (au début de la troisième ligne sur l’illustration ci-dessous).

Détail du manuscrit U (Vatican, BAV Vat. Lat. 3324, f. 102ro). Numérisation : Biblioteca Apostolica Vaticana.
Consultable à cette adresse : https://digi.vatlib.it/view/MSS_Vat.lat.3324

La leçon fautive donnée par Pontet et Klotz remonte à l’édition du corpus césarien publiée en 1867 par Johann Friedrich Dübner. Cet éditeur, le premier à avoir utilisé U, n’a pas été en mesure de faire venir ce manuscrit à Paris : il a travaillé à partir d’une collation effectuée au Vatican par l’un de ses collaborateurs, Reinhard Kekulé von Stradonitz. Dans son apparat critique, Dübner indique à tort que le nombre XXVIIII a été corrigé en XXVIII par une deuxième main. Cette erreur est reproduite par tous les éditeurs suivants, de Wölfflin (1889 et 1896) à Klotz (1927) en passant par Schneider (1905), aucun d’eux n’ayant eu accès au manuscrit. En 1949, Bouvet est en capacité de la corriger car il dispose d’épreuves photographiques de U, ce qui lui permet d’en effectuer une nouvelle collation (Guerre d’Afrique, p. LII), mais il ne semble pas remarquer que la leçon XXVII résulte vraisemblablement d’une correction.

Détails du manuscrit U (Vatican, BAV Vat. Lat. 3324, f. 102ro). Numérisation : Biblioteca Apostolica Vaticana.

La numérisation permet de constater que le dernier I du nombre XXVII est anormalement régulier par rapport au I final des autres numéros légionnaires, dont la hampe est systématiquement prolongée vers le bas (VIII, XXVIII, XIII, XIIII) ou légèrement à droite (XXVI). L’absence de ponctuation entre le XXVII et le XXVI est elle aussi suspecte, car le copiste a séparé tous les autres nombres par des points. En dépit de sa qualité, l’image ne permet pas de constater visuellement le grattage, d’autant plus que l’espace entre les deux nombres est encombré par un filigrane de la Bibliothèque apostolique vaticane. Cependant, il y a de fortes chances pour que des traces de correction soient visibles sur le codex. Cela expliquerait le fait que Kekulé, l’unique philologue à l’avoir examiné de près, ait signalé l’intervention d’une seconde main sur le numéro légionnaire qui nous intéresse.

Compte tenu du peu de place disponible, il est peu probable que le manuscrit ait initialement comporté un XXVIIII à cet endroit. Il devait plus vraisemblablement s’agir d’un XXVIII, comme sur les codices S, M, T et V. Le manuscrit U aurait ainsi comporté la même erreur que STV, sur lesquels la XXVIIIe légion figure en deux endroits du centre dans l’ordre de bataille césarien d’Uzitta. Cette hypothèse permettrait de comprendre qu’un copiste ait tenté de corriger le texte, en grattant le I final de l’un des XXVIII pour en faire un XXVII. La seule façon qu’il y aurait de vérifier cette hypothèse serait d’effectuer une vérification dans le manuscrit du Vatican. Dans tous les cas, la XXVIIe légion ne peut en aucun cas avoir participé à la campagne africaine de César (« Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum », p. 262, n.  45). Pour cette légion, je propose d’adopter la leçon transmise par le manuscrit M et de faire figurer les informations suivantes dans l’apparat critique : « XXVIII SN, M, U1, TV : XXVII U2 : XXVIIII R ».

3) Quelques problèmes de fond :

Au-delà de ces petites erreurs formelles, l’édition de ces deux textes soulève des problèmes de fond, qui mériteraient de faire l’objet de développements ultérieurs.

Il y a par exemple, chez Jean Andrieu, le parti-pris de considérer la legio uernacula comme une légion composée de pérégrins espagnols. Cela s’explique par le fait que l’on a longtemps cru à l’existence, au cours de la période tardo-républicaine, d’une catégorie de légions irrégulières dont les soldats n’étaient pas des citoyens romains. Ces unités étaient qualifiées de « légions vernaculaires » (legiones vernaculae) par les tenants de cette thèse, par opposition aux légions régulières, qu’ils présentaient alors comme des iustae legiones (expression que je soupçonne d’avoir été forgée pour l’occasion).

Cette thèse a rencontré beaucoup de succès à partir du XIXème siècle, mais elle a fini par être abandonnée au début des années 19702.

Compte tenu du contexte dans lequel il a établi son édition critique du Bellum Alexandrinum, il n’est pas étonnant qu’Andrieu ait choisi de traduire « uernacula » par « indigène ». L’adjectif n’est pas complètement faux, mais il comporte une connotation particulière, liée à la conviction du traducteur de ne pas avoir affaire à une légion véritablement romaine. Dans la mesure où il est désormais largement admis que la legio vernacula était composée de citoyens romains installés dans la péninsule ibérique3, la notice, la traduction et les notes de bas de page de l’édition CUF du Bellum Alexandrinum mériteraient d’être révisées en ce sens4.

L’un des problèmes soulevés par l’édition du Bellum Africum (il y en a sans doute d’autres) porte sur la question des légions mentionnées par l’auteur anonyme. Le texte latin établi en 1949 par Alphonse Bouvet souffre en effet des mêmes travers que toutes les éditions de ce texte depuis celle publiée en 1847 par Carl Nipperdey, à savoir des modifications totalement injustifiées du texte latin. En l’absence d’argument valable, il me semble en effet inadmissible de modifier le texte quand sept manuscrits — dont Carl Nipperdey ne connaissait que quatre — sur les sept qui nous sont parvenus donnent la même leçon.

Rectificatif (avril 2025) :
En 1949, Bouvet utilisait sept manuscrits (SNMURTV) pour établir le texte en BAfr 60, 1. Des travaux philologiques menés par Virginia Brown puis Cynthia Damon ont permis d’identifier SMUTV comme les cinq codices les plus fiables. Comme ces deux spécialistes le signalent dans leurs ouvrages, Nipperdey a utilisé des leçons de T, de V et d’une copie de U pour son édition du corpus césarien. En revanche, il n’en disposait que de transcriptions parfois très incomplètes. Pour établir le texte du Bellum Africum, les quatre codices employés par ce philologue correspondent en réalité à un seul témoin : T, désigné par la lettre a dans son édition. Nipperdey ignorait que ses autres manuscrits, le Leidensis primus (b), le Scaligeranus (c) et le Cuiacianus (d), étaient des copies de T, inutiles à l’établissement du texte. Je me suis donc trompé en affirmant qu’il connaissait quatre des sept codices les plus fiables : il n’en disposait en réalité que d’un seul (sur ce sujet, voir « Le nombre, l’identité et l’origine des légions du Bellum Africum », p. 253-258).

Le cas le plus flagrant est celui de la XXXe légion, qui est devenue arbitrairement la XXVe dans toutes les éditions du Bellum Africum et la plupart des travaux d’historiens, sans qu’aucun argument recevable n’ait jamais été produit à l’appui de cette émendation5 [note 5].

Pseudo-César, Guerre d’Afrique, éd. A. Bouvet, J.-C. Richard, Paris, Les Belles Lettres, 1997² (2002), p. 56.

Complément d’information (avril 2025) :
Intrigué depuis longtemps par ce sujet, que j’avais déjà abordé dans mon mémoire en 2009 (La légion des Alouettes, p. 91-95), je me suis décidé à rouvrir le dossier lors de l’été 2020. Ce travail de recherche, qui m’a permis de découvrir énormément de choses dans le domaine de la philologie, a débouché sur la rédaction de mon tout premier article, dont les références sont indiquées ci-dessus, dans l’avant-propos.

Notes :

  1. Cette correction pose problème car elle fait apparaître deux fois la XXVIIIe légion dans l’ordre de bataille césarien, ce qui est impossible. Le même souci est également présent dans les manuscrits S, N, T et V. Les seules leçons plausibles sont celles du manuscrit M, qui mentionne d’abord la XXIXe puis la XXVIIIe, et celles des manuscrits U (avant sa correction par une seconde main) et R, qui citent la XXVIIIe puis la XXIXe. ↩︎
  2. Pour une mise au point sur les « légions vernaculaires », voir B. Gérardin, La légion des Alouettes, Besançon, 2009, p. 43-47, 79-87 et 107-108. Consultable en ligne par ici. ↩︎
  3. Les travaux déterminants sont ceux d’E. Gabba (« Aspetti della lotta di Sesto Pompeo in Spagna », dans Esercito e società nella tarda repubblica romana, Florence, 1973, p. 475-480), J.M. Roldán Hervás (« Legio vernacula, ¿Iusta legio? », dans Ejercito y sociedad en la España Romana, Grenade, 1989, p. 203-223) et F. Cadiou (Hibera in terra miles. Les armées romaines et la conquête de l’Hispanie sous la République (218-45 av. J.-C.), Madrid, 2008, p. 612-627). Cf. B. Gérardin, op. cit., p. 43-47. Contra : A.T. Fear, « The Vernacular Legion of Hispania Ulterior », dans Latomus, 50-4, 1991, p. 809-821 ; idem, Rome and Baetica: Urbanization in Southern Spain, c.50 BC-AD 150, Oxford, 1996, p. 51-54. ↩︎
  4. Une nouvelle édition du Bellum Alexandrinum permettrait en outre de prendre en compte l’important renouveau historiographique sur cette question. Je pense notamment à l’ouvrage de J.F. Gaertner et B.C. Hausburg : Caesar and the Bellum Alexandrinum: An Analysis of Style, Narrative Technique, and the Reception of Greek Historiography, Göttingen, 2013. ↩︎
  5. L’émendation de « XXX » en « XXV » malgré l’unanimité des manuscrits a notamment été critiquée par A. von Domaszewski, P. Groebe, S. Gsell, H.M.D. Parker et L. Keppie. Pour une synthèse sur le sujet, voir B. Gérardin, op. cit., p. 91-95 (avec toutes les références p. 92, n. 283). ↩︎

Éditions de textes consultées :

Pseudo-César, Guerre d’Alexandrie, texte établi et traduit par J. Andrieu, Paris, Les Belles Lettres, 1954. Troisième tirage : 2002.

Pseudo-César, Guerre d’Afrique, texte établi et traduit par A. Bouvet, révision par J.-C. Richard, Paris, Les Belles Lettres, 1997² (1949). Deuxième tirage : 2002.

C. Iulii Caesaris commentarii cum supplementis A. Hirtii et aliorum. Caesaris Hirtiique fragmenta, texte établi par C. Nipperdey, Leipzig, 1847.

C. Ivli Caesaris Commentariorvm, pars posterior, Libri III de bello civili cvm libris incertorvm avctorvm de bello Alexandrino Africo Hispaniensi, texte établi par R. Du Pontet, Oxford, Clarendon Press, 1901. Neuvième tirage : 1961.

C. Ivli Caesaris commentarii, III, Commentarii belli Alexandrini, belli Africi, belli Hispaniensis accedvnt C. Ivli Caesaris et A. Hirti Fragmenta, texte établi par A. Klotz, Stuttgart-Leipzig, Teubner, 1993² (1927).

Complément bibliographique (avril 2025) :
C. Iulii Cæsaris commentarii de bellis Gallico et civili, aliorum de bellis Alexandrino, Africano et Hispaniensi, deux tomes, texte établi par J.F. Dübner, Paris, 1867.

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Walter Schmitthenner, The Armies of the Triumviral Period

En 1958, l’historien Walter Schmitthenner (1916-1997) a soutenu à Oxford une importante thèse de doctorat sur les légions de la période triumvirale, intitulée The Armies of the Triumviral Period: A Study of the Origins of the Roman Imperial Legions. Bien que souvent citée dans les ouvrages sur l’armée romaine ou sur les guerres civiles de la fin de la République romaine, cette somme est inédite et s’avérait jusqu’à présent extrêmement difficile à trouver.

Portrait de Walter Schmitthenner

Une recherche dans le catalogue Sudoc permet de constater que cette thèse n’est consultable dans aucune bibliothèque universitaire française. De son côté, Worldcat n’en recense que neuf exemplaires à travers le monde : un en Suisse, quatre en Allemagne, deux au Royaume-Uni et deux aux États-Unis. Je sais par ailleurs que l’université de Heidelberg en détient une copie.

Regrettant fortement de ne pas avoir pu consulter cet ouvrage lors de mon travail de recherche sur La légion des Alouettes, j’ai patienté de longues années en espérant qu’une âme charitable la numérise et la rende accessible sur internet… En vain !

Au fil des années, plusieurs de mes souhaits ont fini par être exaucés. Il y a par exemple eu la mise en ligne de ressources inestimables telles que le Corpus Inscriptionum Latinarum [1] ou la Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft [2], dont l’article « Legio » est proposé ici même par votre serviteur. En revanche, toutes mes recherches internet pour The Armies of the Triumviral Period se sont invariablement soldées par un échec.

Au cours de l’été 2019, j’ai décidé de me mettre en quête de l’ouvrage afin de le numériser moi-même. Après quelques hésitations sur la destination, j’ai finalement opté pour la charmante ville de Fribourg-en-Brisgau, dans laquelle Walter Schmitthenner a effectué une bonne partie de sa carrière universitaire. Cet historien a enseigné à l’Albert-Ludwigs-Universität Freiburg à partir de 1967, puis il en est devenu professeur émérite en 1984. L’impressionnante bibliothèque de cette université propose à la consultation une photocopie reliée de sa thèse.

Ayant mis plus de dix ans pour accéder à cet ouvrage, je ne peux désormais résister au plaisir d’en faire profiter le plus grand nombre.

En théorie, le respect de la législation sur les droits d’auteur impose d’attendre encore 47 ans avant que cette thèse puisse être diffusée librement… Cependant, son caractère inédit et le fait qu’il n’en existe qu’un tout petit nombre de copies à travers le monde me semblent d’excellents arguments pour faire une légère entorse à cette règle.

Je considère que son partage gratuit rend justice au travail accompli par l’auteur, sans porter préjudice à personne. Je m’engage toutefois à en cesser immédiatement la diffusion dans le cas où un ayant-droit en formulerait la demande, ou si jamais cette thèse doctorale venait à être publiée par un éditeur. Merci de bien vouloir prendre contact avec moi le cas échéant.

J’ai rassemblé les deux volumes de cette thèse (texte et notes) dans un seul fichier PDF, que je vous propose de télécharger en cliquant sur l’image ci-dessous :

Référence :
SCHMITTHENNER (W.C.G.), The Armies of the Triumviral Period: A Study of the Origins of the Roman Imperial Legions, Oxford, thèse inédite, 1958, 260 pages.

[télécharger le PDF – 32,9 Mo]

Cette numérisation présente de nombreuses imperfections, essentiellement dues à la piètre qualité de la photocopie du tapuscrit original.

Bibliographie sur W. Schmitthenner :
MALITZ (J.), « Walter Schmitthenner † », dans Gnomon, 71, 1999, 2, p. 174-180. [disponible ici]
La photographie reproduite ci-dessus est tirée de cet article.

NOTES :

[1] Initié en 2009, le projet CIL Open Access a pour vocation la numérisation et la mise en ligne des volumes publiés avant 1940 : https://arachne.uni-koeln.de/drupal/?q=de_DE/node/291

[2] Depuis janvier 2019, un contributeur du site Archive.org propose en téléchargement gratuit la quasi-totalité des volumes de l’encyclopédie : https://archive.org/details/Pauly_201901

L’article « Legio » de la Realencyclopädie

Emil Ritterling (entre 1892 et 1911)

En 1925, l’universitaire allemand Emil Ritterling achevait la publication de son article « Legio » dans le douzième volume de la Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft. Il s’agissait d’une somme considérable, qui réunissait en un même texte la quasi-totalité des connaissances sur l’histoire des légions romaines de l’époque impériale. Le lecteur y trouvait un développement général sur les légions, suivi d’une synthèse détaillée sur chacune des unités légionnaires connues, incluant un examen critique des sources littéraires, épigraphiques et numismatiques.

Malgré son grand âge, l’article « Legio » reste aujourd’hui une référence incontournable pour tout travail de recherche sur l’histoire des légions romaines. S’il est dépassé sur bon nombre de points en raison des découvertes (épigraphiques, archéologiques…) effectuées depuis sa rédaction, aucune publication récente n’a permis de le remplacer. Sa consultation doit donc être associée à celle d’autres ouvrages, en particulier les actes du colloque de Lyon sur Les légions de Rome sous le Haut-Empire, publiés en 2000. [1]

Malheureusement pour les apprentis chercheurs, l’exploitation de l’article « Legio » est rendue compliquée par son accès difficile (avec une consultation uniquement sur place dans les bibliothèques universitaires) et sa publication en langue allemande. Il y a quelques années, une excellente initiative du site RomanArmy.com avait permis de contourner ces difficultés grâce à la mise en ligne d’une partie des synthèses d’Emil Ritterling dans une traduction anglaise. Un projet fort utile, mais qui paraît avoir été abandonné en cours de route. [2]

Pour faciliter vos recherches, je vous propose de télécharger ci-dessous deux fichiers PDF contenant une numérisation complète de l’article original. Vous y trouverez la contribution essentielle de Ritterling, encadrée par deux autres synthèses signées Wilhelm Kubitschek : l’une portant sur la période républicaine et l’autre sur les légions du Bas-Empire.

Cliquez sur l’aperçu pour télécharger une archive ZIP contenant les deux parties de l’article « Legio ».

TÉLÉCHARGEMENT DE L’ARTICLE « LEGIO » DE LA REALENCYCLOPÄDIE :
– « Legio ». Partie 1 (Kubitschek & Ritterling 1924) : [télécharger le PDF – 5,84 Mo]
– « Legio ». Partie 2 (Ritterling & Kubitschek 1925) : [télécharger le PDF – 19,7 Mo]


Références bibliographiques de la partie 1 :

* KUBITSCHEK (W.), « Legio. Republikanische Zeit », dans Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, XII.1, Stuttgart, 1924, col. 1186-1210.
* RITTERLING (E.), « Legio. Bestand, Verteilung und kriegerische Betätigung der Legionen des stehenden Heeres von Augustus bis Diocletian », dans Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, XII.1, Stuttgart, 1924, col. 1211-1328.

Références bibliographiques de la partie 2 :
* RITTERLING (E.), « Legio. Bestand, Verteilung und kriegerische Betätigung der Legionen des stehenden Heeres von Augustus bis Diocletian (Fortsetzung) », dans Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, XII.2, Stuttgart, 1925, col. 1329-1829.
* KUBITSCHEK (W.), « Legio. Der späteren Zeit », dans Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, XII.2, Stuttgart, 1925, col. 1829-1837.

NOTES :

[1] Les actes de ce colloque comportent une présentation par Rainer Wiegels du parcours d’Emil Ritterling et de son oeuvre :
WIEGELS (R.), « Legio. Emil Ritterling und sein Beitrag zur Truppengeschichte der römischen Kaiserzeit », dans Les légions de Rome sous le Haut-Empire. Actes du congrès de Lyon (17-19 septembre 1998), I, éd. Yann Le Bohec, Catherine Wolff, Lyon, 2000, pp. 9-20.

[2] Bien que les traductions ne figurent plus sur le site RomanArmy.com il est toujours possible de les consulter grâce à une sauvegarde conservée sur Archive.org.

Crédit photographique : auteur inconnu / Wikimedia Commons (domaine public).

Alexander Riese (1840-1924)

Friedrich Alexander Riese était un philologue allemand, né à Francfort-sur-le-Main le 2 juin 1840 et décédé dans cette même ville le 8 octobre 1924.

Après des études de philologie menées de 1859 à 1863 aux universités d’Erlangen, de Bonn et de Berlin, Alexander Riese enseigne en tant que professeur non diplômé au Joachimshalschen Gymnasium de Berlin. Il devient privat-docent en 1864 puis, en 1868, il enseigne quelques mois à l’université de Heidelberg en tant que professeur extraordinaire. Cette même année, il obtient finalement un poste au Gymnasium de Francfort-sur-le-Main.

Alexander Riese, qui avait déjà publié une édition des Satires Ménippées de Varron en 1865, en profite alors pour poursuivre ses travaux en matière d’éditions de textes. Il publie notamment ses propres éditions des poèmes de l’Anthologie latine en collaboration avec Franz Bücheler en 1869 et 1870, de l’Histoire d’Appolonius de Tyr en 1871, de l’œuvre d’Ovide en trois volumes entre 1871 et 1874, des Géographes latins en 1878, des poèmes de Catulle en 1884 et des fables de Phèdre en 1885.

Dans un autre registre, il rédige en 1875 un essai intitulé Die Idealisierung der Naturvœlker des Nordens in den griechischen und rœmischen Litteraturen, qui est traduit en langue française et republié à Paris en 1885, sous le titre L’idéal de justice et de bonheur dans la vie primitive des peuples du Nord dans la littérature grecque et latine.

Alexander Riese est également l’auteur d’ouvrages sur la région du Rhin pendant l’Antiquité, comme Das Rheinland in der Römerzeit (1889), Das Rheinische Germanien in der antiken Litteratur (1892), ou encore le recueil d’inscriptions Das Rheinische Germanien in der antiken Inschriften (1914), qui rassemble 4640 textes épigraphiques, classés par thèmes, dont près d’un millier concernent des légions. Son intérêt pour l’archéologie se traduit enfin par sa participation à des fouilles menées à Heddernheim, où il contribue à la découverte de vestiges romains.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE :
*
M. Terenti Varronis Saturarum Menippearum reliquiae, Leipzig, 1865.
* Anthologia Latina sive poesis Latinae supplementum, deux volumes, Leipzig, 1869-70.
* Die Idealisierung der Naturvœlker des Nordens in den griechischen und rœmischen Litteraturen, Heidelberg, 1875.
* Geographi Latini minores, Heilbronn, 1878.
* Die Gedichte des Catullus, Leipzig, 1884.
L’idéal de justice et de bonheur dans la vie primitive des peuples du Nord dans la littérature grecque et latine, traduction de J. Sully Piquet et L. François, Paris, 1885.
* Das Rheinland in der Römerzeit, Leipzig, 1889.
* Das Rheinische Germanien in der antiken Litteratur, Leipzig, 1892.
* Historia Apollonii regis Tyri, Leipzig, 1893.
* Das Rheinische Germanien in den antiken Inschriften, Leipzig, 1914.

Article sur l’armée romaine :
* « Über die fünften Legionen und ihre Beinamen », dans Germania. Korrespondenzblatt der Römisch-Germanischen Kommission, 1, 1917, pp. 38-42. [télécharger le PDF]

LIENS UTILES :
* http://de.wikipedia.org/wiki/Alexander_Riese (biographie germanophone).
* http://de.wikisource.org/wiki/Alexander_Riese (articles et ouvrages en PDF).
* http://digi.ub.uni-heidelberg.de (articles en PDF).
* https://archive.org (ouvrages en PDF).

Page mise à jour le 11 juin 2025.

Alfred von Domaszewski (1856-1927)

Alfred von Domaszewski était un philologue et historien austro-hongrois, né le 30 octobre 1856 à Timișoara et mort le 25 mars 1927 à Munich.

Issu d’une famille plutôt aisée, Domaszewski effectue sa scolarité à Vienne, capitale de l’Empire d’Autriche-Hongrie. Il y mène des études de philologie, qui lui permettent de devenir professeur à l’Akademischen Gymnasium de Vienne. En 1882, il a l’opportunité de participer aux fouilles archéologiques de la ville de Smyrne, que Carl Humann mène en Empire ottoman pour l’Académie des Sciences de Berlin. Ce voyage amène Domaszewski et Humann jusqu’à Ankara, où ils réalisent, à la demande de Theodor Mommsen, des moulages du Monument d’Ancyre. [1]

En 1884, Alfred von Domaszewski devient assistant au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Il a alors pour mentor Otto Hirschfeld, professeur d’histoire ancienne et d’épigraphie à l’université de Vienne depuis 1876. Pressenti pour succéder à Mommsen à l’université Friedrich-Wilhelms de Berlin, Hirschfeld aimerait voir son élève le remplacer à Vienne. Mais celui-ci n’a pas encore les qualifications requises lorsque son maître est nommé à Berlin, en 1885. Domaszewski obtient son habilitation en 1886 et devient privat-docent. L’année suivante, il accepte une proposition de l’université de Heidelberg, dont il devient professeur associé. En 1890, il est nommé professeur d’histoire ancienne dans cette même université. Il enseigne à Heidelberg jusqu’en 1924, année de sa retraite.

Alfred von Domaszewski est principalement connu pour son ouvrage consacré à l’histoire des empereurs romains, Geschichte der römischen Kaiser, publié en 1909, et pour le travail qu’il a mené avec Rudolf Ernst Brünnow sur la cité antique de Petra, dans les années 1920, en actuelle Jordanie. Il a également été un important contributeur du Corpus Inscriptionum Latinarum. En 1902, il a participé avec Theodor Mommsen et Otto Hirschfeld à la publication des deux suppléments au troisième volume du CIL, consacrés aux inscriptions d’Orient et d’Illyrie. En 1909, toujours avec Mommsen et Hirschfeld, il a collaboré au treizième volume du CIL, dont il a notamment rédigé la partie sur les inscriptions de Germanie inférieure.

Domaszewski est aussi un historien incontournable pour tout chercheur qui s’intéresse à l’armée romaine. On lui doit en effet de nombreuses publications sur le sujet, dont un livre sur la religion de l’armée romaine publié en 1895, des articles importants — dont certains ont été compilés en 1972 sous le titre Aufsätze zur römischen Heeresgeschichte —, et surtout son ouvrage fondamental sur la hiérarchie (ou Rangordnung) dans l’armée romaine, publié en 1908. Cette véritable somme dresse une liste exhaustive des différents grades de l’armée romaine et s’efforce de les hiérarchiser. Elle a été réactualisée en 1967 par les soins de Brian Dobson, à l’origine de sa seconde édition. Elle reste encore aujourd’hui un bon point d’appui pour tout travail sur ce que les chercheurs appellent désormais le Rangordnung.

Alfred von Domaszewski était enfin un historien qui croyait beaucoup au rôle des « grands hommes ». En atteste notamment son œuvre la plus célèbre, Geschichte der römischen Kaiser, qui n’est pas consacrée à l’histoire de l’Empire, mais à celle des empereurs romains. D’autre part, bien que cela soit rarement mentionné, c’était aussi un universitaire qui s’intéressait de près à la « question des races » [2], et dont les convictions politiques étaient marquées par un certain conservatisme. [3]

NOTES :

[1] Theodor Mommsen a utilisé ces moulages pour établir sa seconde édition des Res Gestae divi Augusti, publiée en 1883.

[2] LÜDECKE (K.G.W.), I knew Hitler: The Story of a Nazi who escaped the Blood Purge, New York, 1937.Cet ancien proche de Hitler raconte son admiration pour Domaszewski, dont il a suivi les conférences pendant la Première Guerre mondiale. Il explique que ses discussions avec l’universitaire l’ont notamment amené à la lecture de l’Essai sur l’inégalité des races humaines de Joseph Arthur de Gobineau.

[3] JANSEN (C.), Professoren und Politik: Politisches Denken und Handeln der Heidelberger Hochschullehrer 1914–1935, Göttingen, 1992, p. 396. Domaszewski aurait été proche du Deutsche Vaterlandspartei (DVLP) — un parti conservateur, nationaliste, antisémite et völkisch actif de 1917 à 1918 — avant de devenir membre du Deutschnationale Volkspartei (DNVP), un parti de tendance nationale-conservatrice.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE :
* Die Fahnen im römischen Heere, Vienne, 1885.
* Die Religion des römischen Heeres, Trier, 1895.
* Die Rangordnung des römischen Heeres, Bonn, 1908.
* Geschichte der römischen Kaiser, deux volumes, Leipzig, 1909.
* Abhandlungen zur römischen Religion, Leipzig-Berlin, 1909.
* Die Rangordnung des römischen Heeres, Cologne, 1967 (seconde édition, par Brian DOBSON).
* Aufsätze zur römischen Heeresgeschichte, Darmstadt, 1972 (sélection d’articles).

Sélection d’articles sur l’armée romaine :
* « Zur Geschichte der Legionen XIII bis XX », dans Korrespondenzblatt der Westdeutschen Zeitschrift für Geschichte und Kunst, 10, 1891, pp. 59-63. [télécharger le PDF]
* « Zur Geschichte der legio XIIII Gemina », dans Korrespondenzblatt der Westdeutschen Zeitschrift für Geschichte und Kunst, 10, 1891, pp. 252-254. [télécharger le PDF]
* « Die Thierbilder der Signa », dans Archaeologisch-Epigraphische Mittheilungen aus Oesterreich-Ungarn, 15, 1892, pp. 182-193. [télécharger le PDF]
* « Die Heere der Bürgerkriege in den Jahren 49 bis 42 vor Christus », dans Neue Heidelberger Jahrbücher, 4, 1894, pp. 157-188. [télécharger le PDF]

LIENS UTILES :
* http://de.wikipedia.org/wiki/Alfred_von_Domaszewski (biographie germanophone).
* http://de.wikisource.org/wiki/Alfred_von_Domaszewski (articles et ouvrages en PDF).
* http://digi.ub.uni-heidelberg.de (articles en PDF).
* https://archive.org (ouvrages en PDF).

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